Ressources franco-ontariennes
Profil biographique
Fulgence
Charpentier, 1897-2001
Tout petit, Fulgence Charpentier regardait, rêveur,
les grands voiliers passer sur le fleuve Saint-Laurent. D’où
venaient-ils ? Où allaient-ils ? Il rêvait à
ce qui se trouvait de l’autre côté de l’océan,
en Europe, en Afrique.
Fulgence Charpentier voit le jour à Sainte-Anne-de-Prescott,
dans l’est de l’Ontario, le 29 juin 1897. Trois
ans plus tard, en 1900, la famille s’installe à
Montréal. Enfant précoce, il sait lire avant
de mettre le pied à l’école. « Quand,
à huit ans, j’ai acheté Les Lettres de
mon moulin d’Alphonse Daudet plutôt que du chocolat,
comme les enfants de mon âge, mes parents étaient
bouleversés! », expliquait-il en 1997.
De 1910 à 1917, il est étudiant au Séminaire
de Joliette. À la fondation du quotidien Le Droit,
en 1913, il est apprenti journaliste bénévole
dans le tout premier édifice du journal construit par
son père, Josaphat. Il obtient son baccalauréat
ès arts en 1917.
En 1915, le journal Le Devoir lance un concours
de rédaction dans lequel les jeunes sont invités
à raconter leurs vacances d’été.
Fulgence termine deuxième et voit son texte publié
dans le journal. « Puisque je suis capable de me faire
imprimer, je vais leur demander une job! » pense-t-il.
Fonceur, il se fait embaucher durant deux étés,
couvrant le port de Montréal. Son salaire : 20 $ par
semaine.
À 20 ans, à peine sorti du collège,
Fulgence Charpentier s’enrôle dans l’armée.
Parfaitement bilingue, il devient interprète. Toutefois,
la Première Guerre mondiale tire à sa fin. Il
ne prendra jamais les armes. Il s’oriente vers le droit
et fait son cours à la faculté d’Osgoode
Hall de l’Université York, à Toronto,
en 1920.
On suggère alors au jeune homme de poser sa candidature
au ministère des Affaires extérieures, à
Ottawa. Sans succès. En 1922, il déclare vouloir
« faire du journalisme par amour pour l’écriture
et pour défendre la cause du français ».
C’est donc par une voie un peu détournée
que Fulgence Charpentier devient correspondant parlementaire
pour le journal Le Droit (1922-1925), le quotidien
français d’Ottawa. Il collabore aussi au Devoir,
à La Presse, au Soleil et au Canada
(1922-1930) envoyant souvent ses textes à Montréal
par le train de nuit.
Pendant quelques temps, il est chef de cabinet de l’honorable
Fernand Rinfret, secrétaire d’État. Il
travaille comme chef des Journaux français de la Chambre
des communes à partir de 1936.
Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate,
un branle-bas de combat secoue la capitale du pays. Pour éviter
que des informations parviennent à l’ennemi,
les journaux et les lettres des prisonniers de guerre doivent
être censurés par le gouvernement. Fulgence Charpentier
devient chef du Bureau de la censure canadienne. Membre de
comités top secret, il connaîtra à l’avance
la décision de larguer la bombe nucléaire sur
le Japon.
Une fois la paix rétablie, il entre au ministère
des Affaires extérieures en 1947. Fulgence Charpentier
se dirige vers Paris, où il devient haut fonctionnaire
à l’ambassade canadienne comme attaché
d’information et de relations culturelles (1948-1953).
Son sens des affaires étrangères et de la diplomatie
lui permettent de grimper les échelons rapidement.
Il se rend en Uruguay et au Brésil (1953-1957) comme
chargé d’affaires et en Haïti (1957-1960).
Dès 1962, le gouvernement canadien lui confie la mission
d’installer les premiers liens diplomatiques avec l’Afrique.
Il est nommé ambassadeur au Cameroun, au Gabon, au
Tchad, en République centrafricaine et au Congo-Brazzaville,
avec résidence à Yaoundé. À l’époque,
les relations politiques du Canada sont encore embryonnaires.
Le Cameroun est choisi comme première étape
simplement parce que les deux pays ont leur place côte-à-côte
aux Nations unies. « Ma connaissance de l’Afrique
était alors plus livresque que pratique, à part
l’Algérie. Je n’avais jamais mis les pieds
ailleurs dans le reste du Maghreb », expliquera t-il.
À son retour au pays, Fulgence Charpentier occupe
le poste d’adjoint au rédacteur en chef du journal
Le Droit. Il accepte ce qu’il croit être
un dernier mandat : les relations de presse pour l’Exposition
universelle de 1967, à Montréal. L’Expo
67 connaît un succès phénoménal.
Le sentiment du devoir accompli, Charpentier envisage
une retraite bien méritée.
C’était sans compter sur Marcel Gingras, alors
rédacteur en chef du journal Le Droit, qui lui offre
une chronique politique hebdomadaire en 1968. Incapable de
résister à la tentation, le nouveau retraité
reprend le collier. Tout à fait bénévolement!
Il n’acceptera un salaire que 20 ans plus tard.
Chaque semaine, il lit des dizaines de journaux et de magazines,
s’interrogeant sur l’actualité internationale.
Puis, il s’installe devant une feuille de papier et
écrit son texte, à la main, avant de le retranscrire
à la machine à écrire. Fulgence Charpentier
ne s’est jamais mis à l’ordinateur, expliquant
que, avec l’ordinateur, il fallait appuyer sur plusieurs
touches avant de commencer à travailler. Avec la machine
à écrire, suffit de glisser une feuille dans
la machine et de commencer!
En 1997, Le Monde publie un hommage au journaliste
centenaire : « Honneur à Fulgence Charpentier,
le centenaire qui prouve que le journalisme n’use que
si l’on ne s’en sert pas. Et s’il devait
en connaître brutalement le mot de la fin, ce qu’on
ne lui souhaite évidemment pas, qu’au moins cela
se fasse à la Molière, sur scène, à
son bureau, le nez dans sa dernière chronique. »
Affaibli par une pneumonie, celui qui a conduit sa voiture
jusqu’à l’âge de 99 ans signe sa
dernière chronique dans Le Droit à 101 ans.
À défaut d’un départ dramatique,
le doyen des journalistes de la planète a quitté
ce monde entouré des siens, à l’Hôpital
d’Ottawa, dans la nuit du 5 au 6 février 2001,
à l’âge de 103 ans.
Au cours de sa vie, il a été directeur littéraire
pendant deux ans de l’Institut canadien-français
d’Ottawa et longtemps président de l’Alliance
française d’Ottawa et vice-président de
l’Association internationale de la solidarité
francophone à Paris. Il a aussi été élu
conseiller municipal puis nommé commissaire à
la Ville d’Ottawa et président de la Tribune
de la presse à Ottawa en 1927. Il reçoit un
doctorat honorifique de l’Université Laval en
1939 et il est décoré de l’Ordre du Canada
en 1978. Il est promu Officier de cet Ordre en 1999. En 1997,
il est décoré de l’Ordre de la Pléiade
par l’Association internationale des parlementaires
de langue française.
Né avant l’invention de l’automobile,
avant la radio, avant la théorie de la relativité
et avant le naufrage du Titanic, Fulgence Charpentier affirmait
qu’il souffrait quand il ne savait pas ce qui se passait
dans le monde. Lors de son 100e anniversaire de naissance,
il avait souhaité vivre jusqu’en 2001 : «
Si je vis encore quatre ans, jusqu’en 2001, je serai
passé au travers de trois siècles. Je vais faire
l’effort. » Une dernière fois, mission
accomplie.
Marié à Florence Gagnon en premières
noces et à Marie-Louise Dionne en secondes noces, il
est le père de six enfants.
Sources : notice biographique reproduite avec permission
de la revue Infomag, vol. 4, no 5, 2001,
avec ajouts biographiques de Jean Yves Pelletier.
Orientation bibliographique sur Fulgence Charpentier :
Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique
française : francophonie nord-américaine hors
Québec, Ottawa, Les Presses de l’Université
d’Ottawa, 1988, p. 82.
La revue Infomag, Ottawa, vol. 4, no 5, 2001.
Simard, François-Xavier, en collaboration avec Denyse
Garneau, Fulgence Charpentier (1897-2001), La mémoire
du siècle, Ottawa, Vermillon, 2004. (à
paraître).
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